
Les incendies dans les salles des machines restent l’un des risques de sécurité les plus graves sur les navires de croisière et les grands navires commerciaux. Les espaces machines contiennent des systèmes de carburant, des lubrifiants, des équipements électriques et des machines fonctionnant à haute température — créant un environnement où un incendie peut rapidement s’aggraver.
Malgré des décennies d’améliorations en matière de conception des navires et de systèmes de surveillance, les incendies en mer continuent de représenter un risque opérationnel majeur. Selon le Allianz Safety and Shipping Review, les incendies de navires représentent environ 13 % des pertes mondiales dans le transport maritime, ce qui en fait l’une des principales causes d’accidents maritimes dans le monde.
Lorsque des incendies se produisent sur les navires, ils commencent très souvent au même endroit : la salle des machines. Les salles des machines constituent un environnement à haut risque en raison de la présence de systèmes de carburant, de surfaces chaudes et d’équipements électriques. Lorsque ces incendies dépassent les capacités des systèmes d’extinction locaux, les navires s’appuient sur des systèmes fixes d’extinction par inondation au CO₂ pour éteindre le feu. Ces systèmes sont extrêmement efficaces.
Pour cette raison, avant d’activer un système CO₂, l’équipage doit vérifier que l’espace machines a été entièrement évacué. Ce processus de vérification introduit un défi important lors des situations d’urgence. Certains opérateurs pensent que les caméras peuvent résoudre ce problème. En réalité, ce n’est pas le cas.
Les incendies de salle des machines restent un risque maritime majeur
Les salles des machines restent l’endroit le plus dangereux en matière d’incendie sur les navires. Selon une étude publiée dans le Journal of Marine Science and Engineering, les incendies de salle des machines représentent plus de 75 % des incendies à bord des navires.
Plusieurs facteurs expliquent cette concentration d’incidents :
- la présence de carburants et de lubrifiants inflammables
- de nombreuses surfaces chaudes
- des configurations de machines très denses
- des espaces confinés qui permettent au feu de se propager rapidement
Les fuites d’huile sont particulièrement dangereuses. Selon Wärtsilä, le carburant ou l’huile qui fuit sur des surfaces chaudes est responsable de plus de 50 % des incendies de salles des machines. Même lorsque ces incendies sont détectés tôt, leurs conséquences peuvent rapidement s’aggraver.
Des recherches sur les dommages causés par les incendies de navires montrent qu’un retard de seulement 10 minutes dans la réponse à un incendie de salle des machines peut entraîner environ 200 000 $ de dommages, tandis qu’un retard de 20 minutes peut faire grimper les pertes à 2 millions de dollars. Cela explique pourquoi une prise de décision rapide lors d’un incendie est essentielle. Et pourquoi les opérateurs de navires s’appuient sur des systèmes d’extinction puissants comme l’inondation au CO₂.
Pourquoi les systèmes d’extinction au CO₂ sont essentiels
Les systèmes fixes d’inondation au CO₂ sont largement utilisés pour protéger les espaces machines sur les navires, car ils sont extrêmement efficaces pour supprimer les incendies impliquant du carburant et des équipements mécaniques.
Lorsqu’il est libéré dans une salle des machines fermée, le CO₂ réduit le niveau d’oxygène en dessous du seuil nécessaire à la combustion.
Cependant, cela rend également l’atmosphère immédiatement dangereuse pour les humains. Dans les espaces confinés, l’inondation au CO₂ réduit généralement la concentration d’oxygène à environ 12 à 15 %, ce qui est suffisant pour éteindre un incendie mais extrêmement dangereux pour le personnel.
En raison de ce risque, les procédures de sécurité maritime exigent que l’équipage accomplisse plusieurs étapes avant la libération du CO₂ :
- arrêter les machines
- arrêter les systèmes de ventilation
- évacuer tout le personnel
- confirmer que l’espace est vide
Ce n’est qu’ensuite que l’inondation au CO₂ peut être activée. Sur les grands navires de croisière, ce processus peut prendre un temps considérable, car les salles des machines peuvent s’étendre sur plusieurs ponts et compartiments. Pendant ce délai, le feu peut continuer à se développer, augmentant le risque de dommages graves ou de perte de propulsion.

Pourquoi les navires utilisent des caméras pour vérifier l’évacuation de la salle des machines
La plupart des navires modernes sont équipés de systèmes CCTV dans les espaces machines. Ces caméras permettent aux ingénieurs de surveiller les opérations à distance et peuvent également être utilisées en cas d’urgence pour inspecter visuellement la salle des machines.
Le processus envisagé semble simple :
- un incendie est détecté
- les officiers consultent les caméras
- ils confirment qu’aucun membre d’équipage ne reste à l’intérieur
- l’inondation au CO₂ est déclenchée
À première vue, cette approche semble efficace. Mais dans des conditions d’urgence réelles, les systèmes de caméras révèlent rapidement leurs limites.
Cinq raisons pour lesquelles les caméras échouent lors des incendies de salle des machines
La fumée réduit rapidement la visibilité
Les incendies de salle des machines produisent une fumée dense en quelques minutes. Comme la plupart des systèmes CCTV reposent sur la lumière visible, leur efficacité chute fortement lorsque la fumée envahit l’espace.
Dans des conditions de fumée dense, les images des caméras peuvent devenir floues ou complètement opaques, rendant impossible la détermination de la présence éventuelle d’une personne dans la salle des machines.
Les salles des machines comportent de nombreux angles morts
Les salles des machines sont des environnements extrêmement complexes. Elles s’étendent souvent sur plusieurs ponts et contiennent de grandes machines telles que des générateurs, des systèmes de propulsion, des systèmes de traitement du carburant et des conduits de ventilation. Même avec plusieurs caméras installées, il est très difficile d’obtenir une couverture visuelle complète.
Les équipements volumineux bloquent le champ de vision des caméras, créant des angles morts où une personne peut rester cachée. Pour une surveillance de routine, cela peut être acceptable. Mais lorsqu’il s’agit de libérer un gaz qui supprime l’oxygène respirable, même un petit angle mort représente un risque inacceptable.

Les incendies peuvent désactiver l’infrastructure des caméras
Les incendies de salle des machines affectent souvent les systèmes électriques. Une perte d’alimentation, des câbles endommagés ou des pannes réseau peuvent interrompre les flux vidéo pendant une urgence. Ironiquement, le moment où la confirmation visuelle devient la plus importante est aussi celui où les caméras ont le plus de chances de cesser de fonctionner.
Si un flux vidéo disparaît pendant un incendie, les officiers doivent décider s’ils retardent l’extinction ou s’ils procèdent sans confirmation. Aucune de ces options n’est idéale.
La surveillance humaine est difficile sous pression
Même si les caméras restent opérationnelles, quelqu’un doit interpréter le flux vidéo. Lors d’une urgence réelle, les équipages doivent gérer plusieurs tâches simultanées comme répondre aux alarmes, arrêter les machines, coordonner la lutte contre l’incendie et communiquer avec la passerelle.
Demander aux opérateurs d’examiner attentivement plusieurs flux vidéo et de déclarer avec certitude qu’une salle des machines sur plusieurs ponts est totalement vide peut être extrêmement difficile. Sous pression, des erreurs peuvent survenir.
Les caméras ne peuvent pas confirmer l’évacuation
La limite la plus fondamentale est conceptuelle. Les caméras peuvent montrer si quelqu’un est visible. Mais elles ne peuvent pas répondre à la question essentielle : toutes les personnes présentes dans la salle des machines ont-elles réellement évacué ?
Une caméra peut montrer une zone vide alors qu’un membre d’équipage se trouve derrière une machine, inconscient à cause de la fumée ou dans un compartiment hors du champ de vision. Pour des décisions critiques comme l’inondation au CO₂, cette incertitude est inacceptable.
Le dilemme opérationnel pour les opérateurs de navires
Cette limitation crée un compromis difficile. Si les opérateurs attendent une confirmation manuelle que la salle des machines est vide, ils risquent de retarder l’extinction pendant que le feu se propage. S’ils se fient à une vérification incomplète par caméra, ils risquent de libérer le CO₂ alors que quelqu’un se trouve encore à l’intérieur.
Aucune des deux options n’est idéale. Compte tenu des conséquences potentielles, l’industrie maritime continue de chercher de meilleures solutions pour confirmer l’évacuation rapidement et de manière fiable.
Pourquoi la traçabilité de l’équipage est la pièce manquante
Ce dont les officiers ont réellement besoin lors d’une urgence en salle des machines, c’est d’une confirmation instantanée de la présence et de l’évacuation de l’équipage.
Ils doivent pouvoir répondre immédiatement à trois questions :
- qui se trouvait dans la salle des machines
- qui a quitté l’espace
- si quelqu’un manque encore
Sans ces informations, la décision de libérer le CO₂ reste incertaine. Les technologies de suivi du personnel et de mustering digital apportent une solution à ce problème.
Le mustering digital améliore la sécurité des salles des machines
Les navires de croisière modernes mettent de plus en plus en œuvre des systèmes de mustering digital et de suivi de l’équipage. Ces systèmes suivent la présence des membres d’équipage en temps réel grâce à des technologies comme le RFID ou des dispositifs portables.
Lors d’une urgence, les officiers peuvent immédiatement identifier la localisation des membres d’équipage à travers le navire.
Dans le contexte d’un incendie de salle des machines, cela permet de vérifier :
- quels membres d’équipage travaillaient dans l’espace machines
- s’ils ont quitté la zone
- si quelqu’un se trouve encore dans la zone protégée
Cela améliore considérablement la connaissance de la situation pendant une urgence. Au lieu de se baser sur une confirmation visuelle incertaine, les officiers peuvent prendre des décisions basées sur des données vérifiées sur l’équipage.
Des caméras au CO₂ mustering
Cette approche est appelée CO₂ mustering. Plutôt que de s’appuyer sur des caméras pour détecter visuellement des personnes lors d’un incendie, le système suit en permanence la présence et l’évacuation de l’équipage.
Lorsqu’une urgence survient, les officiers peuvent immédiatement confirmer si la salle des machines a été entièrement évacuée. Cela fournit la certitude opérationnelle nécessaire avant d’activer les systèmes d’inondation au CO₂ et réduit le temps de réponse, ce qui est essentiel car même de courts retards peuvent augmenter considérablement les dommages causés par l’incendie.

Une approche plus intelligente : les systèmes de CO₂ mustering
Un exemple de cette nouvelle approche de sécurité est le système CO₂ Mustering développé par Pole Star.
Conçu spécifiquement pour les navires de croisière et les grands navires, ce système fournit une visibilité en temps réel sur la localisation de l’équipage, permettant aux officiers de confirmer que tout le personnel a évacué avant l’activation de l’inondation au CO₂.
En combinant la traçabilité de l’équipage avec les procédures existantes d’extinction incendie, les opérateurs peuvent améliorer considérablement la sécurité et la rapidité de réponse lors des urgences en salle des machines.
Vous pouvez en savoir plus sur le fonctionnement du système ici